Ouaip.
Y en avait besoin.
On m'a confié en mai une moto à refaire. Le truc, c'est que cette machine, un excellent Suzuki SV 650, avait été "oublié" par sa propriétaire à 100m de la plage pendant environs 1 an... à 5 mètres de son garage.
C'est d'autant plus con qu'ici, les embruns sont gourmands et les pièces détachées s'arrachent pour cette machine courante.
A la récupération pour 900 petits euros (au lieu d'environs 3000 en bon état), les embruns avaient commencés à manger la boucle arrière (partie du cadre sous la selle) et l'araignée (support métallique du tableau de bord) de façon importante.
Une personne s'était servie sur la bête du maitre-cylindre de frein avant (la commande au guidon) en coupant la durit.
Sanction sur le temps : pourrissage en rêgle du vernis de la fourche qui s'est ensuite oxydé, et des étriers de frein avant qui ont du coup collé toute sorte de saloperies...
Pour prendre les choses dans l'ordre, démontage de la bête obligatoire. Tout l'habillage a été viré. Dans ce chapitre, ça a été un peu le dawa : on s'est retrouvé 4 à démonter, du coup j'ai retrouvé des pièces partout et perdu de la visserie... J'ai noté, je recommencerais pas.
Machine à poil, il faut constater les dégâts et diagnostiquer le travail sur les organes visibles.
La liste de base pour la remise en état d'une machine stockée, ce sera :
- vidange moteur et filtre à huile ;
- purges des systèmes de frein (liquide DOT) ;
- vérification des étriers de frein et leurs plaquettes ;
- changement du filtre à air et vérification des bougies ;
- nettoyage des carburateurs (démontage complet nécessaire) ;
- contrôle de la transmission et entretien.
En gros, c'est la base. Mais là, y a visiblement beaucoup plus de boulot :
- pour la vidange et le filtre, ça va de soi, ce sera fait plus tard, après avoir fait tourné le moteur pour que l'huile draine la merde ;
- pareil pour les freins ;
- les étriers sont visiblement grippés pour l'arrière et pourris pour les avant, ce qui demande un démontage total avec changement des clavettes, goupilles, plaquettes, joints... une petite fortune...
- le filtre à air n'est pas archi dégueu, mais il a gonflé comme un tampax à cause de l'humidité, il est bon à changer. Les bougies sont nickelle, elles resteront ;
- le kit chaine était certainement en parfait état lors du "stockage" les embruns s'étant chargé de la chaine, vu le prix qu'elle coute comparé à celui du kit complet, le choix est vite fait : ce sera la totale.
Ensuite, allant plus loin, les tubes plongeurs de la fourche qui sont théoriquement chromés pour coulisser parfaitement sont oxydés : le chrome s'étant relevé, il blessera inévitablement les joints des fourreaux de la fourche en travaillant, il faut donc les changer (c'est les deux plus dégueu sur la photo...).

J'en profite pour passer la brosse rotative sur les fourreaux

et les repeindre avec une peinture facile à retrouver (en cas de retouche future)


faire le nettoyage complet et la vidange d'huile, changer les joints spys et remonter le tout à neuf.
Une fois remontée :

Pour le reste de la suspension, l'amortisseur a gravement morflé. Entre fuite potentiel et rouille un peu partout, il n'est pas sûr qu'il opère comme il faut. Etant donné qu'il s'agit de l'un des éléments de sécurité les plus important sur une moto (liaison au sol, freinage...), il ne faut rien laisser au hasard : changement pour un modèle d'occas qu'on trouve pour pas cher sur le net :

Sur cette photo, j'avais déjà bien avancé un autre travail : le nettoyage. Une moto qui couche dehors pas loin de l'océan, ça colle les merdouilles de tous vents. La moto était crade, j'ai tout nettoyé puis pulvérisé du dégrippant partout : le sel déssèche, et j'aime pas la mécanique sèche. Jean-Paul me le disait souvent : la méca, c'est gras.
On voit en regardant bien aussi que j'ai changé les pneus contre des occas en attendant : un Metzeler MeZ4 (bof, mais ça suffit pour rouler tranquille) pour l'arrière et un Dunlop D220ST pour l'avant. Roues nettoyées, équilibrées, valves changées et disques nettoyés, , je prend de l'avance sur le changement du kit chaine et profite du fait que la roue arrière soit démontée pour changer la couronne. Je vire aussi l'étrier en vue de sa réfection.
La chaine fera le trajet pour aller jusqu'à l'atelier où j'ai une clé à choc pour défaire le pignon de sortie de boite et riveter la chaine.
T'as compris : il reste pas mal de taf.
En attendant qu'elle roule, je m'occupe du freinage : comme vu sur la photo de la fourche remontée, je monte les étriers, durits et maitre-cylindre avant trouvé sur internet facilement, puis passe à l'arrière.
Là, c'est une autre histoire. Tout est oxydé. On croirait l'objet habité. Ok, j'attaque : je sors le capot de protection, retire les goupilles pourries, tire les clavettes, mais rien ne vient. Elles sont tellement oxydées et grippées dans le métal qu'il faut que je démonte l'étrier en deux.
On voit tous les éléments sur cette photo, avec les deux clavettes qui dépassent... On peut constater l'état d'oxydation avancé du tout...

Sur cette seconde photo, on voit aussi l'oxydation, mais sur la gauche, on peut voir que si j'ai viré une clavette, l'autre a cassé très près du bord...

Il me faudra percer la partie concernée de l'étrier pour sortir le reste de clavette passablement pourrie...


Une fois cette petite difficulté passée, récurage des gorges des joints, graissage, changement de joints, nettoyage des pistons et remontage avec des clavettes et goupilles neuves...

Des plaquettes viennent boucler cette recondition.

Ok. Suspensions refaites, freinage reconditionné ou changé.
Tous ces travaux sont bien entendus étalé sur un certain temps. J'ai commencé les travaux en aout / septembre et j'ai dû alterner les travaux en attendant des pièces nécessaires à d'autres... Dans tous ces travaux, les plus chiants ont sans aucun doute été les réfections de l'araignée et de la boucle arrière. La rouille aillant bien bouffé ces parties, il aurait tout de même été dommage de ne pas les réutiliser, et ce pour deux raisons : ces parties sont invisibles moto remontée, donc même si les parties attaquées se voient une fois refaites, elle ne se verront pas au final, et ce serait idiot d'alourdir la note des travaux pour le moment.
L'araignée a pu passer en grande partie à la brosse métallique, ce qui allège le boulot. Konfiance a brossé courageusement le reste puis repeint aussi soigneusement qu'il a pu.
La peinture utilisée ici est l'Hammerite. Elle est à priori régulièrement utilisée dans les rénovations de véhicule. Il s'agit d'une peinture "direct sur rouille" qui a l'air d'excellente qualité.

Pour la boucle arrière, la rouille a attaqué plus profondément, il faut donc passer à la brosse métallique ce qui est possible, puis à la brosse manuelle le reste. C'est vraiment chiant, mais il le faut. Ensuite, une patte qui sert à fixer la selle pilote est ressoudée par mon collègue et enfin, la peinture.
Le résultat, à défaut d'être chouette visuellement, assurera une longévité supplémentaire à tout ça, et pour le prix d'un pot de peinture.
Araignée remontée, je peux repasser le câblage, refixer les optiques, le tableau de bord...


et réinstaller les carénages, bulle et autres enjoliveurs...


C'est qu'elle commence à reprendre de la gueule, la mémère...
... Mais elle est pas encore à arpenter les routes : il me faut maintenant m'occuper de la carburation. Le réservoir présente une corrosion légère mais bien présente sur sa face inférieure. Brossage et peinture, tout est nickel.
Hum... mais ça c'était simple. Démontage de la rampe de carbus et de la pompe à carburant. Je décortique la pompe et constate qu'elle est intérieurement nickel. Je la remonte, nettoie l'extérieur et ne résiste pas à lui coller une giclette de dégrippant (trop sèche ;o) ).

Les carbus. Aïe. Déjà au démontage, il a fallu que je force pour sortir les starters. Ils étaient plein de corrosion. Je m'attend au pire.
Démontage complet des cuves, gicleurs divers, flotteurs, filtres, pointeaux... nettoyage et soufflage.

Tous les orifices semblent communiquer, aucun ne semble obturé. Nettoyage des starters. Graissage des axes, dégrippage de la commande manuelle de rêglage de ralenti (pas top, mais suffisant), démontage des membranes (là, j'en ai chié, j'ai chibré quelques vis...), nettoyage et finalement remontage du tout.
Avant de remonter les carbus sur la moto, il me faut effectuer un travail fastidieux : déconnecter tous les connecteurs un à un, démonter chacun des contacts et les gratter, les nettoyer... et c'est qu'y en a un paquet, de connecteurs...
Quelques jours plus tard, remontage des carbus, dégrippage et graissage des câbles de commande d'accélérateur, d'embrayage, de starter puis réglages. Repose du réservoir et connections des durits...
Remontage de la boucle arrière, des éléments électriques divers et des carénages arrières. Mise en place d'une batterie de test.
Là, ça va être le moment fatidique. Je veux dire : je sais que tout ne fonctionnera pas, c'est impossible, mais j'ai dégrossi le travail, ensuite j'avancerais point par point.
Contact.
Pression de la commande d'embrayage (suzuki).
Pression du démarreur...
Rien.
J'ai bataillé pendant un moment, Tintin m'a filé un coup de main pour tester le faisceau électrique, j'ai ouvert les commodos de démarreur, tout nettoyé, ouvert le contacteur (minuscule) de sécurité à la commande d'embrayage et gratté, remonté le tout et...
Rien.
J'ai lu, relu et rerelu le shéma électrique... et finalement j'ai refait tout le nettoyage des cosses dans la tête de fourche...
Rien.
Et puis à un moment j'ai pensé à deux choses : sur le shéma j'ai confondu une diode sur le circuit (donc je la situais pas) et sur la moto, ce que je pensais être une sorte de petit bouchon électrique me génait.
Je l'ouvre, le gratte et le nettoie sans y croire. Je recommence une ènième fois la procédure de démarrage sans réellement y penser, automatiquement... et là
Gnignigni PO-PO-PO...
La moto tréssaille. Je recommence et au troisième essai, elle démarre.
J'ai depuis été 4 ou 5 fois au boulot avec, refais quelques rêglages et une petite frayeur. Elle tourne très bien.
J'ai vidangé le moteur, les freins, changé les filtres, une partie de la visserie, les clignos, et fini le kit chaine...
Les points à revoir sont maintenant :
- tableau de bord (rien ne marche sauf voyants et une ampoule) ;
- clignos côté droit ;
- batterie neuve ;
- quelques menus détails ;
- rendre la machine à sa propriétaire... ça va être dure, le bestiau est attachant... ;o)