vendredi 11 avril 2008
3-Unplugged in Morocco...
Par To@ne, vendredi 11 avril 2008 à 14:20 :: Glisse, rando, ...
La nuit est, comme la précédente, douce et reposante malgrès l'inconfort apparent des positions adoptées... Levé tôt pour pouvoir être sur le premier ferry en direction de l'Afrique.
Pour le moment, le côté sanitaire a laissé un peu a désirer, on espère trouver sur le ferry de quoi prendre une douche ou au moins se faire un bon TBC -TCC pour Caro ;o) - en attendant d'arriver à destination...
Les dunes se prêtent particulièrement au jeu des WC naturels à condition d'avoir un sol stable sous peine de se retrouver avec l'anus pané... on a réussi à éviter le drame et tout s'est bien passé... quelques minutes plus tard, on a conclu cette parenthèse à la queue-leu-leu devant les toilettes du poste frontière en attendant son ouverture...
Le hic, c'est qu'il y a des miroirs dans ces lieux très carrelés, et dans les miroirs, à cette heure matinale, ça fait mal...
Bref, nous voici de nouveau près de notre T4, près à passer les premières formalités afin d'accéder dans un premier temps au douanes : l'achat du billet... et là, faut que ça ouvre. En attendant, on se réveille doucement...
Faut resituer, on est loin d'être à plaindre : se réveiller et attendre pour des formalités, même si ça fait un peu "à l'ancienne", ça ne manque pas de cachet :
Bon, première étape franchie -celle-ci ne nous inquiètait pas outre mesure-, nous voici à attendre le passage aux douanes. Théoriquement on a rien à se reprocher, mais techniquement, vu que le père Marco amène un peu de matos pour son atelier, on pourrait nous enquiquiner. En Espagne on devrait pas avoir de soucis, donc en attendant, on pratique le "café-synchronisé", nouvelle discipline très certainement bientot olympique, si tant est que les jeux perdurent...
Voilà, je me passe de vous établir une image osée, je me contente de dire qu'on a passé la douane et qu'on pénètre dans le bateau...
De ce bateau, on voit plein de trucs qu'on voyait pas d'en bas ou du poste frontière. Du genre, le coin où on a dormi, là, au fond, derrière cette tour...
... ou encore cet énorme porte-container qui s'éloigne direction l'océan, laissant les petits chalutiers espagnols attaquer tranquillement la matinée...
... ou encore, en se démettant proprement une vertèbre, on peut se rendre compte -parfois douloureusement- qu'on approche, au moins par le style, du continent de destination...
Ouaip, tout ceci éveille un truc en moi. L'"oeil" est encore tout collé, mais y a des trucs dans les images que j'immortalise, qui me plaise. Je décide, dans l'impossibilité d'ouvrir grand mon "oeil", de shooter tout azimut ; je recadrerais en rentrant...
Caro, elle, a préféré cacher ses yeux, pour le coup... Sereine, elle sait qu'elle pourra reposer tout ça là-bas, de l'autre côté.
C'est fait, le bouzin s'est ébroué -bien plus rapidement et bruyamment que nous quelques dizaines de minutes plus tôt- et on a quitté le quai, les docks, le port, Tarifa, l'Espagne, l'Europe...
Des bateaux, j'en ai pris quelques uns. Des petits voiliers de 4 mètres, des bateaux de sécu motorisés par des 9.9 comme des ferrys trans-manche ou encore le Fin-Jet, le plus rapide de la mer Adriatique... ben je crois pas que j'en ai pris un qui dépote comme celui-ci. à l'arrière, on pouvait voir des gerbes d'écumes de près de 5 mètres de haut lorsque les machines étaient à plein régime !!! Je t'explique pas la déculottée que tu prends si il te vient l'idée saugrenue de sauter là... je crois que tu retournes illico sur le continent... sans slip.
On m'a dit plusieurs fois : "tu vas voir, dès que tu arrives de l'"autre côté" -ce fameux "autre côté"-, tu vas halluciner tellement c'est différent, d'un coup"... J'ai décidé de ne préjuger de rien, en aucun sens, pour pouvoir découvrir et me faire ma propre idée. C'est bien plus simple pour en discuter après.
Au tout premier abord, rien de neuf à l'horizon...
... ça parait un peu dommage, bien que sous certains angles, ça prenne un peu plus de gueule... mais sinon, pour le moment, rien de neuf... et surtout pas le bateau bleu...
Mais comme je suis poussé (par une sorte de bateau rouge et blanc, situé sous mes pieds...) à découvrir, en creusant, je découvre quelques batiments avec des formes moins aseptisées... et puis cette église à un drôle d'air ;o)
Nan, continuer dans cette voie, ce serais de la mauvaise foi manifeste, j'arrive bien ailleurs, pas de doute.
Un truc décolle un peu l'"oeil". Ouais, ce port me plait. Il fait vieillot. Le mot arrive : bien plus "authentique", certainement de part l'ancienneté des machines. Je sais pas pourquoi, j'aime les vieilles machines dénuées d'électronique, avec du fer, un bon vieux berlingot qui envoie ce qu'il peut, qui permet d'aller doucement, pas trop vite, mais sûrement... et qui, malgrès la rouille qui le ronge, continue à bosser sans sourciller, tel John Rambo qui, transpercé de balles, couteau ou autres tire-bouchons niquerait la gueule à tous les méchants avant qu'on l'emmène -de force- aux urgences... sauf que ces machines ne seront jamais les héroïnes de films de baston et finiront à la casse.
Du coup je prend -encore- des photos de ces héros des temps pas modernes.
Décidément, j'adore cette ambiance... faudra que je revoie Rambo...
Pis y a un truc sur le dessus de notre bateau qui fait un bruit de sonnerie de cantine en plus fort... merdre, faut retourner au fourgon pour débarquer...
Je sens Caro un peu plus excité qu'au réveil, je me dis que débarquer là dois la booster, c'est très positif dans ma perception de la chose, moi qui m'attendait à être interrogé nu, entouré de bergers Allemands enragé, par la douane Marocaine...
Le premier truc qui change, c'est qu'autant en Espagne tout le monde est entré rangé dans le ferry, autant la sortie se fait à la Marocaine. C'est le dawa.
Alors voilà. La douane nous fait mettre dans une file latérale (je sens presque le souffle des chiens...). On attend (c'est une technique pour faire monter la pression, sûr !). Un type vient, sans sourire (il manquerait plus qu'il nous apporte l'apéro), et demande, en Français, si on a quelque chose à déclarer. Ouais, au Maroc, quasiment tout le monde connait un peu le Français, voir le parle couramment. Non, on a rien à déclarer. Il nous fait ouvrir le camion, et nous demande ce qu'on vient faire. On lui dit "du surf" et lui, il voit pas nos planches situés sous la banquette, mais tous les pains de mousses destinés à être shapé et il dit : "sûr, rien à déclarer ?". Caro déglutit et lâche : "ben nan, rien." et le type lui dit, avec le sourire : "Alors soyez les bienvenus au Maroc et bonnes vacances !" et il file.
Merde je m'étais mis en condition pour ne rien dire. Bon, y a un avantage : on a pas eu à leur filer de bakchiche, donc on a plein de pinard pour nous, maintenant !!!
Bon, on se remet en route. Tanger est une grande ville. Je dois dire qu'on a pas fait les touristes. Y avait des flics partout, Marco pense que le Roi ou quelqu'un d'important devait passer. On a pas vu de jolis trucs, là, mais beaucoup d'immeubles pas terribles du tout, ceux là même que je voyais du bateau, encore plus moches de près. Il y a énormément de construction, et paradoxalement, on apprend aussi qu'il y a beaucoup de gens qui dorment dehors rien n'étant terminé et beaucoup de migrant clandestins passant par là...
Les bâtiments sont en cours, les travaux semblent dans la plupart des cas en standby, c'est parfois un peu lugubre... Parmis tout ça, les drapeaux et panneaux rappellent que le roi est là.
Ensuite on attaque la route, la grande, l'autoroute. Là-bas, c'est un truc de riche. Je veux dire, la plupart des gens qui ont de grands trajets à faire l'utilisent, mais comme je le constaterais plus tard, les véhicules utilisés témoignent de la pauvreté ambiante et ne sont... pas vraiment autorisés sur ce genre de voie...
On doit descendre via Larache, Rabat, Casablanca, El Jadida et Safi, sachant que l'autoroute s'arrête entre Casa et Safi et qu'il reste ensuite plus de 250km jusqu'à Moulay. Sur le guide, y a de noté qu'on pourrait faire plein de jeux de mot avec le nom de la ville de "Larache". Moi, j'ai juste essayé de faire une photo du panneau de la sortie... ça donne pas grand chose, c'est fait vite fait, zoomé, pas cadré, bougé, on voit rien... une photo à l'arrache, quoi... mais pas de jeux de mot ;o)
Ben si je l'ai vraiment faite cette photo, et je l'ai bien faite à l'arrache et à Larache. D'ailleurs si on voit pas que c'est à Larache, il n'y a de net sur cette photo que le fait qu'elle a bien été faite à l'arrache... Ce qui est sûr c'est qu'il faudrait être aveugle ou être connu pour qu'on se l'arrache... Enfin, on avait pas le temps, fallait qu'on s'arrache.
Un petit stop sur une aire d'autoroute me rappelle que je suis un passionné de moto... Merdre, je m'en suis même pas rendu compte, mais j'ai déjà des synapses qui sont resté en vacances à Larache...
Arrivés du côté de Safi, fin de l'autoroute, sortie de la ville et s'offrent à nous plein de perspectives amusantes :
- mobybus (là c'est presque vide, certainement retour au dépôt...) ;
- ânes, chameau ou gros camion old-school avec le bétail ;
- ou encore des charrettes de compet'...
... pour lesquelles d'ailleurs il existe un panneau particulier !
- et tout ce qui roule entre autre... quel ingéniosité ! (qui a prononcé le mot "homologation" ?).
Je ferme cette parenthèse culturelle pour balancer quelques petits trucs vus, découverts pendant ces 700km de descente vers le sud...
La lagune de Oualidia ou il y a encore un palais royal abandonné. Cette lagune permet aux habitants du coin de vivre de... l'ostréiculture, sisi ! Oléron, ça vaut pas le coup avec les frais de port ;o)
Les Marocains n'ont, pour beaucoup, pas de travail. Certains s'en crée. Là-bas c'est simple comme mettre une caisse de tomate au bord de la route et attendre que les gens s'arrêtent en acheter. Il y a parfois des enfants qui s'avancent sur le tarmac à ton arrivée et secouent du thym, des coquillages, de la coriandre ou encore... des clés d'appartement (surtout à Essaouira)...
je t'ai déjà parlé des camions qui transportent hommes ou bétail, voir les deux ensemble... Ces poids lourds transportent de tout, mais en préférence beaucoup. Je veux dire qu'aussi bien dans certain il y aura du bétail, autant si ils trouvent le moyen, le camionneur mettra des caisses de légume en bas et en mettant des barrières sur les côté, organisera une bétaillère sur le toit... où s'ajouteront ceux qui voudront voyager pas cher !!!! Pour faire soft, voici un "gros cul" comme on en voit tout le temps :
Pour souffler un peu hors du T4, on s'est arrêté au bout d'un petit chemin. Là, y avait une falaise. Pas un bout de falaise, une falaise partout à droite et partout à gauche, tu sais, celle qu'en fini pas, quoi...
... c'est beau mais c'est souvent le cauchemar du pêcheur en fait. Ben là, en bas, y avait d'amarrées quelques barques de pêche...
... Je me suis demandé un long moment comment ils les avaient descendues et comment ils en faisait l'entretien, comment ils les mettent à l'abri lors des tempêtes... Et puis j'ai compris que ce que j'ai photographié pour être des installation à lever des filets était en fait là pour remonter et ranger les barques... sur des... gros caillous...
Où qu'on soit passé, on trouvait du monde. En France, si tu roules sur une départementale ou même une nationale, il y a forcément une grande partie du voyage que tu feras sans voir personne sur le bord de la route, pour la simple et bonne raison que les villes et villages sont espacés, que les gens prennent la voiture, le train, l'avion ou que sais-je, mais ils se déplacent en moyen de transport. Au Maroc, le moyen de transport le plus utilisé est le moins cher : les jambes. Les gens vivent dehors. Si ils n'ont rien à faire, ils se posent sur le bord de la route et discutent, là, parfois comme au milieu de nulle part. Sinon, un peu partout il y a des échoppes, des gens affairés à travailler sur quelque chose, bidouiller, arranger, faire ou refaire...
Si bien qu'il faut toujours faire gaffe aussi. Comment dire, au volant, si tu viens d'Europe, il faut te faire au fait que si les us et coutumes de la route ont été copié collé sur le papier (rond-point...), aucune rêgle n'est appliquée de la même manière que chez nous... par exemple, si tu arrives sur un croisement, regardes à droite, mais passes, l'autre s'arrêtera. Par contre en arrivant sur un rond-point, vu que la priorité à droite existe, tu rentres, et si quelqu'un rentre sur une autre embouchure, tu dois le laisser passer... enfin presque toujours... Donc concentration maximum.
A la sortie de Safi, on s'est rendu compte que l'industrie lourde n'est pas l'exclusivité des pays dits civilisés... Comme chez nous, c'est moche, ça pue et en plus vu l'océan à côté je gage que les normes de rejets ne sont pas les mêmes... on ira plus loin pour surfer, hein ?
Le seul avantage ici, c'est que c'est de l'emploi.
A côté de ça, tu te retrouves très rapidement au milieu de nulle part, et ça et là, comme des champignons, des petites maisons blanches de chaux trônent devant l'océan ou au pied d'un arganier, entourée de cactus...
Le long des routes, en plus des usines, chameaux, ânes, camions, dormeurs, barques, océans, maisons... tu trouves aussi beaucoup, beaucoup, et même beaucoup de bétail ... ils sont là, avec leur berger, souvent entrâvés par une corde à une ou aux deux pattes avant. et toi, au volant de ton T4, tu dois faire gaffe qu'y ait pas un bestiaux suicidaire qui ait pas d'entrave ou qui trouve, au moment précis où tu passes, que l'autre côté de la route est bien plus chouette.
Ces vaches et moutons là ont un chemin du retour au bercail plutot sympa à condition de pas rater la marche...
Donc cette dernière petite pause en quittant Safi nous offre ce spectacle...
... et le plaisir de déguster une dernière tranche de saumon acheté au Leclerc du coin avant de partir... après ce sera local.
On dirais que Caro serait bien passé direct au local.
La lumière du soir. On aura voyagé pendant toute la journée. Ce ruban de bitûme aura été notre seul horizon pendant 3 jours presque complets. La fin du voyage aller touche à sa fin dans une lumière superbe.
Notre destination se situe juste avant Essaouira. Le petit village de Moulay Bouzarktoune accueil l'atelier "oups créations" que Marco a monté et qu'Hicham s'occupe de faire tourner. Cet atelier crée et répare planches de surf et de kite surf. Depuis quelques années, ce village est devenu un fief de véliplanchistes et kiters au bon esprit, un club s'est monté et les jeunes qui ne travaillent pas tous dans le coin ont quelque chose à faire de leurs journées...
Marco a une petite maison sur les hauteurs, qui n'est pas encore habitable. On commence par aller voir là-haut si tout va bien. La vue d'ici est superbe...
On descend ensuite sur Moulay même. Fatigué, on aura le temps de discuter un poil avec Hicham, Lotfi, Asmae, Hind, Seb et Yves autour d'un bon thé à la menthe puis d'un tagine poulet-citron, puis tout le monde au pieu... Marco et moi nous sommes mis des matelas dans l'atelier de peinture. La porte, je sais même pas si elle ferme, mais vu la température, on a tout laissé ouvert. Caro est dans le T4, la banquette débarassée de tout le bordel...
Jamais vu des étoiles pareilles.
Je commence à comprendre.
L'"oeil" s'ouvre doucement...
Dodo.
Fin du jour 3.





















































































